Le vieil homme et les pigeons

Emil est éleveur de pigeons. Il vit à Zahlé, une ville située au centre du Liban. Il nous parle de lui et de son activité préférée, la colombophilie. 

Nous marchions dans la ville et nous avions déjà remarqué quelques toits avec des cages pour pigeons, certaines restent même ouvertes. Intrigués, nous avons cherché à connaître un éleveur. Un vrai.

Les voitures polluent mais sont bien pratiques pour grimper les collines abruptes formant la cité de Zahlé. J’avais déjà mal aux jambes quand nous avons rencontré Chris. Il s’est arrêté avec sa voiture et nous a interpellés. Nous étions impressionnés par le nombre d’élevages de pigeons sur les toits et nous lui avons demandé s’il en connaissait un. Il nous a donc invité chez lui pour rencontrer sa mère qui peut-être connaissait un éleveur. Après plusieurs coups de fil nous avons appris l’existence d’un passionné nommé Emil qui habitait dans les environs.

Nous nous sommes donc tous mis en route, avec Chris et sa mère. C’était le début de l’après-midi, la chaleur était accablante. Plus nous nous approchions du toit d’Emil, plus nous étions nombreux, les habitants se joignaient spontanément à nous pour chercher le toit d’Emil.

Emil est un vieil homme, il a 72 ans. En nous voyant sur ses escaliers, il a esquissé un grand sourire. Son visage m’a fait penser au personnage du Vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway. Son regard est aussi simple, fier et gêné en même temps.

Le colombophile passionné a une femme et deux fils, mais le toit – et les pigeons bien sûr – restent son jardin secret.

Depuis son 15ème anniversaire, Emil élève différentes races de pigeons sur son toit. Aujourd’hui, il possède une centaine d’oiseaux. Chacun a son propre prénom, un s’appelle Cachemire par exemple.

Le colombophile passionné a une femme et deux fils, mais le toit – et les pigeons bien sûr – restent son jardin secret. Cette activité lui prend tout son temps libre et il ne souhaiterait d’ailleurs pas que ses enfants deviennent éleveurs de pigeons pour cette raison-là. Il veut qu’ils se concentrent avant tout sur leurs études.

Peu de ses pigeons s’enfuient du toit. Quand ils naissent, leur maître leur coupe les plumes, qui repoussent en deux semaines. Pendant ce temps ils ne peuvent pas voler et s’habituent donc à leur lieu et à leur maître.

Il passe ses journées à s’occuper, seul, de ses pigeons. C’est un temps pour lui, il pense à tout et à rien, il peut rêver.

Aujourd’hui, beaucoup d’habitants de Zahlé pratiquent la colombiculture. Des jeunes, des vieux, certains en font du profit, d’autres non. Emil ne vend pas ses pigeons, mais il a fait quelques exceptions.

Une fois, un homme lui en a acheté quelques-uns et les a ramenés à Beyrouth. Emil était surpris de les retrouver quelques jours plus tard sur son toit, ils avaient préféré revenir chez leur ancien maître. Il n’est pas toujours évident de se séparer de ses oiseaux…

De son toit, Emil observe la ville de Zahlé avec ses habitants et les montagnes qui l’entourent. Il passe ses journées à s’occuper, seul, de ses pigeons. C’est un temps pour lui, il pense à tout et à rien, il peut rêver, au calme, accompagné par le léger murmure de la ville auquel vient s’ajouter le roucoulement des oiseaux. Le moment qu’il préfère par-dessus tout c’est de les voir s’envoler.

Nous avons passé quelques heures avec Emil, sur son toit, un endroit dépouillé et paisible. Puis nous avons laissé Emil avec ses protégés, nous avons redescendu les marches et nous sommes retournés vers le centre-ville particulièrement bruyant et animé. C’était 18 heures, l’heure des bouchons de la fin de journée.

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