Au-delà des frontières

Le voyage de Koussay

Je m’appelle Koussay et avec ma maman nous avons choisi de vous présenter nos voyages pour visiter mes grands-parents chaque été. J’ai effectué mon premier voyage à l’âge de 6 mois car mes grands-parents voulaient me rencontrer mais c’était très dur pour eux de venir à cause de l’administration et de tous les papiers qu’elle demandait ! Mes parents ont donc décidé pour moi que j’irai chez eux en avion.

Ma maman avait très très peur pour mes petites oreilles qui étaient encore en train de se développer. Elle a donc acheté tout plein de remèdes potentiels (boules Quies, gouttes à avaler) qui m’importunaient plus qu’autre chose. Par la suite, dans l’avion, tout le monde me regardait et demandait mon âge, mon prénom, mon sexe comme si ça ne se voyait pas que j’étais un petit garçon. Bref, à force de parler avec les gens mamoun* a même eu soif et a dû acheter une bouteille d’eau. Par la suite les policiers vérifièrent la photo d’identité qu’on m’avait faite faire quand j’étais tout petit pour mon passeport. Il y avait même un policier qui nous demanda déjà de changer de photo d’identité car j’avais grandi et changé de tête alors que je n’avais presque pas utilisé mon passeport !

L’oncle de ma maman nous attendait. Il s’est jeté sur moi, mais qui est-ce ? Je ne le connais pas.

Puis on est monté dans l’avion, je n’ai pas eu le droit à un siège comme tous les passagers car j’étais trop petit. On a donné à ma maman une sorte de ceinture qui ressemblait énormément au cordon que j’avais dans son ventre, avec lequel je mangeais et surtout avec lequel je m’amusais ! Mais là, impossible de tirer, de la mettre à la bouche ou de jouer avec, il était beaucoup trop rigide et il me serrait tellement que je n’ai pas arrêté de pleurer ! Ma maman comme d’habitude m’a donc mis un biberon dans la bouche pour que je ne gêne personne mais moi je n’avais pas faim, j’avais mal ! J’ai alors pris mon doudou « petit loup » et l’ai serré fort contre moi et je me suis endormi.

Je ne me suis réveillé que lorsque nous sommes arrivés en Tunisie alors que ma maman était en train de récupérer nos bagages. Puis nous sommes enfin sortis de l’aéroport, là l’oncle de ma maman nous attendait. Il s’est jeté sur moi, mais qui est-ce ? Je ne le connais pas. Je ne comprenais rien à ce qu’il me disait, il utilisait une drôle de langue qui ressemblait à celle que papa et maman utilisent entre eux à la maison mais elle avait l’air tellement plus compliquée. Puis on est sorti de l’aéroport, il y avait une drôle d’odeur, ma mère parlait de l’odeur de la Tunisie… La France a donc aussi une odeur ?

Mamoun m’a alors souhaité la bienvenue dans mon « deuxième chez moi ».

Enfin, nous sommes arrivés dans une maison, mamoun m’a alors souhaité la bienvenue dans mon « deuxième chez moi ». Je voyais de nouvelles choses – le lit, les jouets, les meubles – mais je ne reconnaissais rien, seulement mon petit loup.

Puis, on a commencé à sonner à la porte, ma maman m’a alors présenté mes grands-parents et mon oncle, trois personnes qui disaient qu’elles étaient tellement contentes de me rencontrer enfin. Puis, ils m’appelaient par de drôles de prénoms que je ne connaissais pas. Est-ce qu’ils me parlent à moi ou à ma maman ? Je me tournais alors vers petit loup pour lui demander s’il connaissait ces personnes mais il avait l’air aussi perdu que moi.

Je n’en pouvais plus, qui sont ces gens qui n’arrêtent pas de me serrer contre eux, de m’embrasser et qui semblent me connaître presque autant que ma mère. Je ne les ai jamais vus, je ne les connais pas. Puis ils m’ont offert des cadeaux : un bracelet, un collier, et même de l’argent… C’est plutôt cool. Ma grand-mère m’a mis le gros collier autour du cou avec un drôle de pendentif que j’ai directement mis à la bouche car mes dents me faisaient tellement mal !

Ma maman m’expliqua que notre histoire de personnes immigrées était finalement une richesse et une force.

Mais j’étais tellement fatigué que je me suis mis à pleurer très très fort. Je voulais juste dormir, les gens semblaient heureux de me voir et voulaient me faire rire mais à vrai dire ils me faisaient un peu peur, je voulais juste les bras de ma maman et mon doudou.

Le soir, ma maman a essayé de m’expliquer ce qu’il m’arrivait, elle m’affirmait comprendre que tous ces changements n’étaient pas faciles pour moi. Elle me disait avoir vécu les mêmes choses quand elle avait mon âge. Puis, elle me montra la photo d’une petite fille plutôt jolie pour être franc avec vous, elle s’appelait Naya. Elle me dit l’avoir rencontrée lorsqu’elle était au Liban, elle m’expliqua qu’elle était dans la même situation que moi puisqu’elle grandissait également loin de sa famille qui habitait en Syrie. Ma maman m’a même dit qu’à sa naissance elle fit d’abord la connaissance de ses grand-parents avant même de rencontrer son papa. Tout comme moi, elle avait toujours beaucoup de cadeaux lorsqu’elle revoyait ses grands-parents et sa famille en Syrie. L’histoire de la petite fille que ma maman avait rencontré m’a alors consolé mais surtout rassuré. J’étais apaisé de savoir que je n’étais pas seul à vivre cette aventure.

Ma maman m’expliqua que notre histoire de personnes immigrées était finalement une richesse et une force. Elle me proposa même d’aller au Liban pour rencontrer Naya et sa famille pour essayer d’échanger et de devenir amis.

* Terme inventé pour dire Maman.

Illustrations dessinées par Jenny Gustafsson.

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